Les bienfaits de la marche en forêt sur l'hypersensibilité émotionnelle

Les néons blancs des Halles centrales de La Rochelle font luire la glace pilée sur les étals de poisson, et ce reflet, certains samedis, suffit à me donner l'impression que tout le marché me parle en même temps. Mon hypersensibilité émotionnelle réagit toujours avant que je comprenne pourquoi : les appels des commerçants d'un étal à l'autre, l'odeur du pain chaud qui se mêle à celle des huîtres, une épaule qui frôle la mienne dans l'allée trop étroite. Ce jour-là, j'ai acheté mes légumes en retenant mon souffle et je suis rentrée vidée d'un bien-être émotionnel que le marché venait visiblement de me confisquer. C'est à peu près à cette période que la marche en forêt est devenue, pour moi, une façon très concrète de pratiquer une gestion du stress qui ne passe par aucun mot savant.

Une précision avant d'aller plus loin, parce qu'elle revient souvent dans mon carnet : si un lien de cet article vous mène vers un programme et que vous décidez de le rejoindre, je touche une commission, sans que votre prix change d'un centime. Je ne parle ici que de ce qui a vraiment traversé mon chemin. Je n'ai ni formation de psychologue ni certificat de coach ; j'apprivoise simplement, depuis deux ans, une peau émotionnelle plus fine que la moyenne, et la forêt en fait partie.

Un dimanche aux Halles, de trop

Ce jour des Halles n'était pas un accident isolé. Les jours de marché me laissent souvent avec une migraine qui n'en est pas vraiment une, plutôt une saturation du système nerveux qui ressemble à une migraine pour qui n'a pas de meilleur mot. Rentrer m'allonger n'arrangeait rien : les bruits continuaient de tourner en boucle dans ma tête, le klaxon d'une camionnette de livraison, le raclement d'une caisse à roulettes sur le pavé. Il me fallait sortir de la ville entière, pas seulement du marché.

Le journal de gratitude qui n'a rien changé

Pendant longtemps, j'ai cru qu'il suffisait de noter ce qui allait bien pour desserrer l'étau. J'ai tenu un journal de gratitude trois semaines de suite, trois lignes chaque soir sur ce qui m'avait touchée dans la journée. Rien n'a bougé, ou si peu : mon corps restait en alerte, comme si le problème n'était pas dans mes pensées mais ailleurs, dans mes épaules, dans une respiration qui ne descendait jamais plus bas que la poitrine. Le carnet s'est refermé de lui-même, faute d'avoir servi à grand-chose.

Pourquoi marcher en forêt ne m'épuise jamais

La forêt de Benon est à une petite demi-heure de voiture, et c'est là que j'ai fini par aller à la place du tapis de yoga et du carnet. Les premières fois, le silence m'a fait peur : sans le bruit de la ville pour occuper mon esprit, je craignais que mes émotions ne prennent toute la place. J'avais même emporté un casque antibruit, comme s'il fallait encore me protéger de quelque chose là où, justement, plus rien ne m'attaquait.

Un matin de givre, j'ai fini par retirer le casque, et la différence m'a surprise. La forêt n'est jamais vraiment silencieuse, mais ses sons ont une texture qui ne blesse pas : une branche qui craque, des feuilles mortes qui se froissent sous une bête invisible, ce sont des bruits qui me traversent sans s'accrocher nulle part. Une amie qui fait du kitesurf aux Minimes dès que le vent forcit m'a dit un jour que couper le moteur de sa tête fonctionne pareil pour elle sur l'eau que pour moi sous les chênes — vider le trop-plein par le corps plutôt que par la pensée.

Il se passe aussi quelque chose dans mes épaules dès que je dépasse les premiers arbres, un relâchement que je ne sais pas vraiment m'expliquer. Les arbres dégagent, paraît-il, quelque chose dans l'air — des phytoncides, ai-je lu quelque part — et mon corps, lui, reconnaît simplement ce signal comme sûr, sans que j'aie besoin d'en comprendre la chimie. La vue qui se dégage entre les troncs joue sans doute un rôle aussi : plus rien ne vient couper mon regard comme le font les murs en ville, et cette sensation d'espace ouvert ressemble à un sas de décompression après une journée trop riche.

Main posée sur l'écorce moussue d'un chêne pendant une marche en forêt, un geste qui calme l'hypersensibilité émotionnelle

Apprendre à rester plutôt qu'à fuir

C'est au fil de ces marches que j'ai commencé à glisser les exercices de la Formation Eclosion [Mon pilier] dans mes pas. Jusque-là, je marchais pour fuir quelque chose. Le programme m'a plutôt appris à marcher pour habiter mon corps, avec un module entier sur le ressenti corporel qui a changé ma façon de m'arrêter devant un chêne au lieu de simplement le dépasser.

Une pensée me revient souvent à ces moments-là : ici, personne ne me demande d'être moins sensible. Les arbres ne jugent pas une larme qui monte devant un rayon de lumière dans les feuilles. Cette formation m'a donné des outils pour transformer une marche en séance de régulation, même si certains modules très introspectifs demandent un peu de courage pour être affrontés — j'en parle plus longuement dans ce que la formation éclosion a changé dans ma vie sensible.

Carnet de notes posé sur la mousse du sous-bois, après une marche en forêt qui aide à la gestion du stress et au bien-être émotionnel

Quand Benon est trop loin

Je sais la chance que j'ai de pouvoir prendre ma voiture et d'être sous les arbres en une demi-heure. Je pense souvent à celles et ceux qui vivent en plein centre urbain dense, ou dont la mobilité ne permet pas ce genre d'escapade. Pour eux, le conseil « allez marcher en forêt » peut sonner comme une injonction impossible, et l'accès à la nature reste une inégalité bien réelle pour le bien-être émotionnel.

Pourtant, j'ai trouvé une forme de bricolage. Quand je ne peux pas me déplacer, je retourne aux Halles, pas pour fuir cette fois mais pour chercher la fleuriste près de l'entrée et ses bottes de thym, ses fougères en pot, une poignée de terre encore accrochée aux racines. Ce n'est pas une forêt, évidemment, mais pour un système nerveux en surchauffe, toucher quelque chose de vivant au milieu du marché fait une différence que je ne sais pas vraiment mesurer autrement.

Ce que la cinquième semaine a changé

Vers la cinquième semaine de ces marches régulières, un repas de famille bruyant — plusieurs conversations en même temps, la télévision allumée en fond — m'a servi de mesure sans que je l'aie cherché. Je me suis rendu compte après coup que j'étais restée deux heures à table sans inventer ce mal de tête qui, d'habitude, me sert de porte de sortie polie.

Je n'ai pas soudain cessé d'être sensible — mon tempérament ne changera pas, et tant mieux, je crois. Mais il s'est formé une sorte de réserve, un petit morceau de forêt de Benon qui reste logé quelque part dans la poitrine même loin des arbres. Pour les semaines où j'ai surtout besoin d'outils rapides plutôt que de silence, je garde aussi sous la main Comment gérer le stress comme un pro, même si mon cœur reste attaché à l'approche plus lente d'Eclosion. Si une seule chose mérite d'être retenue de ce chemin, c'est peut-être ça : ce n'est pas de forêt dont on a besoin au fond, mais d'un endroit, n'importe lequel, qui nous laisse ressentir sans nous demander de ressentir moins.

À vous de trouver l'endroit qui vous laisse ressentir sans vous juger.

Veuillez noter : Ce que vous lisez ici reflète mon parcours personnel et mes opinions — pas des conseils professionnels. Faites toujours vos propres recherches et consultez les professionnels appropriés avant de modifier votre alimentation, votre santé ou vos finances.

Articles connexes