Gérer l'effet éponge émotionnelle quand on est hypersensible au quotidien

Il y a les jours où la remarque d'une inconnue glisse sur moi sans laisser de trace, et il y a les jours où un simple soupir agacé, capté en passant, me colle à la peau jusqu'au soir. Je n'ai jamais réussi à choisir lequel des deux allait se produire. Ce que j'ai fini par trouver, c'est une manière de reconnaître le second avant qu'il ne prenne toute la place — un repère que j'utilise presque tous les jours depuis que je vis avec cette hypersensibilité plutôt que contre elle. Faustine, une collègue, m'en pose souvent une version, et Zélie, dans le groupe de soutien en ligne où on s'écrit parfois, une autre. Autant y répondre directement, question par question, plutôt que de tourner autour de l'effet éponge en général.

Avant d'aller plus loin, une précision : je n'ai suivi aucune formation en psychologie, je ne suis pas thérapeute. Je suis bibliothécaire à mi-temps à La Rochelle, et tout ce qui suit vient de ce que j'ai vécu, pas d'un savoir professionnel. Si un lien vous mène vers un programme, sachez seulement qu'il s'agit d'un lien d'affilié — rien de plus, votre prix ne change pas.

Comment distinguer ce qui est à moi de ce qui vient de l'autre ?

Faustine me l'a demandé un jour, en rangeant une pile de retours entre deux passages à l'accueil. Ma réponse tient en une observation physique : quand une émotion m'appartient vraiment, elle a une histoire, un fil que je peux remonter. Quand elle vient d'ailleurs, elle arrive d'un coup, sans montée progressive — une boule de chaleur au creux de l'estomac, alors que rien dans ma journée ne l'explique. Le repère est simple : je cherche ce qui vient de se passer juste avant, autour de moi. S'il y a quelqu'un de tendu à quelques mètres et que je ne trouve aucune raison personnelle à ce que je ressens, je me dis « tiens, c'est la sienne », et souvent, ça suffit à faire retomber la vague de moitié.

On parle d'hypersensibilité comme d'un trait qui toucherait 20% de la population — je ne suis pas là pour développer ce que ça recouvre exactement, d'autres l'ont fait mieux que moi, mais ce chiffre m'a au moins rassurée sur un point : je ne suis pas seule à fonctionner de cette façon poreuse.

Le jour où mes listes de tâches n'ont rien arrangé

Zélie, qui partage souvent des podcasts sans jamais insister pour que je les écoute, m'a un jour demandé ce qui avait vraiment marché avant que je tombe sur la Formation Éclosion. La vérité, c'est que j'ai d'abord essayé quelque chose de raisonnable en apparence, qui a lamentablement échoué : me fixer des objectifs de productivité très précis chaque jour, pour occuper mon esprit et l'empêcher de ressasser ce que j'avais capté chez les autres. Sur le papier, ça tenait debout. Dans les faits, je terminais mes journées deux fois plus épuisée, tiraillée entre une liste cochée et une fatigue de fond qui, elle, n'avait pas bougé d'un centimètre. Remplir son emploi du temps ne fait pas retomber le trop-plein, ça ne fait que le déplacer d'une heure à l'autre.

C'est après cet échec que j'ai commencé à tenir un journal de bord hypersensible, non pas pour me discipliner davantage, mais pour repérer où passait réellement l'énergie de la journée. La différence a été plus nette que je ne l'attendais.

La question de Zélie sur les soirs trop silencieux

Ce qui m'a surprise, c'est que Zélie vit aussi l'inverse de ce qu'on imagine d'une personne hypersensible : certains de ses soirs, seule chez elle, sont si silencieux qu'ils pèsent autant qu'une pièce trop bruyante. Elle m'a demandé comment juger qu'un silence a cessé de reposer pour commencer à isoler. Ma réponse, avec le temps : si une demi-journée entière passe sans qu'aucune voix ne me traverse et que je me sens plus creuse que calme, c'est le signal de sortir, pas de rester enfermée à attendre que ça se tasse tout seul. Le repli sur soi aide, jusqu'à un certain point ; au-delà, il vide autant que le trop-plein.

Carnet ouvert et tasse de thé dans un coin calme, repère de gestion des émotions pour une personne hypersensible

Faut-il fuir la foule pour se protéger ?

Pas systématiquement, non. Le week-end dernier, sur le Vieux-Port, il y avait une foule dense, des voix qui se chevauchaient, l'odeur du poisson frais mêlée à celle du café. Avant, je serais partie au bout de dix minutes, la tête pleine. Cette fois, j'ai marché le long des étals sans compter les secondes, sans guetter le prochain bruit qui allait me faire sursauter, et je m'en suis rendu compte seulement après coup — ce n'est pas un exercice que j'ai appliqué, c'est un état que j'ai remarqué en repartant.

Faustine, elle, n'a jamais eu ce problème : elle règle un dossier compliqué avec la même tranquillité qu'elle range ses courses, sans que rien ne semble jamais lui coller à la peau. Je n'ai pas ce filtre-là, et la Formation Éclosion ne me l'a pas donné — elle m'a surtout appris à ne plus m'en vouloir de ne pas l'avoir, avec des modules courts qu'on peut reprendre entre deux journées pleines. Si vous cherchez quelque chose de plus structuré, orienté vers le concret du quotidien plutôt que vers l'acceptation pure, Fais de ton hypersensibilité une force peut être un bon complément ; j'ai personnellement préféré la douceur d'Éclosion pour commencer, mais les deux approches partent d'un même constat : on ne devient pas imperméable, on apprend à laisser l'eau circuler.

Ma gestion des émotions, concrètement

Le bruit compte aussi, à sa manière particulière. Dans mon travail, le niveau sonore reste la plupart du temps modéré, loin du seuil des 85 dB à partir duquel l'oreille commence réellement à souffrir. Pourtant, un simple brouhaha de chuchotements peut, chez moi, devenir épuisant après quelques heures, sans qu'aucun capteur ne le mesure jamais. La seule chose qui m'aide vraiment : m'accorder de courtes pauses de silence total, sans musique, sans écran, juste le temps de respirer.

C'est pour cette raison que j'ai fini par aménager un coin calme chez moi, un endroit où je traite ce que la journée a laissé, comme on trierait un courrier en retard. Ce n'est pas une méthode miracle. C'est simplement un endroit où je n'ai à filtrer ni à absorber quoi que ce soit pour personne d'autre que moi.

Depuis deux ans que j'observe ce mécanisme de plus près, une chose est devenue claire : la question n'est presque jamais « comment ressentir moins », mais « comment reconnaître plus vite ce qui ne m'appartient pas ». Une fois qu'on sait le repérer, on peut choisir de le garder, de le laisser filer, ou de le rendre à qui de droit, sans avoir besoin de s'endurcir pour ça. Le même réflexe s'applique avec un partenaire ou un proche assez présent pour que nos humeurs se mélangent, mais c'est un autre sujet que je n'ouvrirai pas ici. Il m'arrive encore, certains jours, de sentir le trop-plein monter d'un coup au point de devoir cligner très fort des yeux ; ça aussi, c'est une autre histoire, pour une autre fois.

Si vous vous reconnaissez dans ces questions, sachez d'abord que ce n'est pas un défaut à corriger. Et si vos émotions deviennent vraiment envahissantes, un professionnel de santé reste le bon interlocuteur — mon expérience n'est que celle d'une bibliothécaire qui a trouvé, par tâtonnements, quelques repères de bien-être qui lui conviennent. Pour aller plus loin, la Formation Éclosion reste le programme vers lequel je renvoie le plus souvent, pas parce qu'il résout tout, mais parce qu'il ne m'a jamais demandé de devenir quelqu'un d'autre. Et si vous préférez commencer par des mots plutôt que par un programme entier, il y a aussi la piste de vous ressourcer par la lecture.

Prenez soin de votre lumière, elle est précieuse.

Veuillez noter : Ce que vous lisez ici reflète mon parcours personnel et mes opinions — pas des conseils professionnels. Faites toujours vos propres recherches et consultez les professionnels appropriés avant de modifier votre alimentation, votre santé ou vos finances.

Articles connexes